Mon grand-père s'appelait Lauréana. Ma grand-mère, Merino. Tous deux nés à Marseille, de parents italiens venus chercher le soleil ailleurs.
Moi, je suis né à Paris. Mais j'ai grandi dans une famille où la cuisine avait le goût du soleil : l'huile d'olive, la tomate gorgée de chaleur, les herbes de Provence ramassées au bord des chemins. Une cuisine entre deux rives — ni tout à fait italienne, ni tout à fait française. Marseillaise, simplement.
Ma grand-mère et ma mère faisaient des pizzas. Elles n'étaient pas les meilleures du monde — mais c'étaient les leurs. Une seule pizza, toujours partagée en deux : d'un côté la mozzarella, de l'autre les anchois. J'ai toujours choisi le côté des anchois.
La vraie révélation est venue plus tard.
À la naissance de ma fille, j'ai donné Lauréana en prénom. Pour qu'un nom italien, parti se perdre dans un mariage, revienne. Et continue.
Quelques mois après sa naissance, un voyage à Venise a tout changé. Un jour, j'ai pris un bateau pour Burano — l'île aux maisons colorées, posée sur la lagune. C'est là, dans une pizzeria, qu'une Marinara s'est posée devant moi. Tomate, ail, origan, huile d'olive. Rien d'autre. Et tout y était.
Quelque chose s'est ouvert. Je l'ai mangée si lentement que j'ai voulu en rapporter une à l'hôtel. Je ne l'ai pas fait — et je l'ai regretté longtemps. Comme si tout ce que j'avais mangé enfant avait attendu ce moment-là pour me parler.
Depuis ce jour, je n'ai cessé de chercher ce goût.
Aujourd'hui ce nom devient un trailer, un four, une carte. La Nonna pour ma grand-mère. La Nana pour ma fille. Et toutes les autres pour ceux qui s'y arrêteront.